XIV

Indécis, Dimitri Tchou s’était immobilisé, ses regards allant de l’un à l’autre groupe ennemi. Visiblement, il hésitait à tirer, dans la crainte d’une riposte qui ne lui laisserait pas la moindre chance.

— Vous voyez bien que vous ne pouvez plus vous en sortir, Tchou, lança Morane. Laissez tomber.

Les réactions du pirate furent d’une rapidité extrême, mais ce ne fut pas exactement celles qu’on attendait. Il bondit vers la muraille qui lui faisait face et disparut, tout à fait comme si le roc l’avait absorbé.

— Où est-il donc passé ? interrogea le lieutenant Fraine. Il ne s’est quand même pas volatilisé.

— Si je me souviens bien, dit Bob, il y a là l’amorce d’une étroite galerie que, jadis, les Japonais avaient commencé à creuser mais qu’ils n’ont pas achevée. Elle est donc sans issue. Nous tenons notre homme.

Les deux groupes se rejoignirent à l’endroit où le Requin Chinois avait disparu. Une étroite galerie s’ouvrait bien là, en effet, se perdant dans les profondeurs du rocher.

— Ma mémoire était bonne, dit Morane. Monsieur Tchou est à nous. Il semblait affolé et il a choisi la première issue qui s’offrait à lui, sans se souvenir que cette issue était en réalité un cul-de-sac.

— Bien sûr, intervint le major Briggs, mais il est armé et, s’il a des munitions, il peut nous tenir tête pendant un moment.

— Nous allons essayer de le déloger, déclara le Français. Venez avec moi, lieutenant.

Accompagné de Fraine, il se glissa en rampant dans la galerie. Les deux hommes se placèrent de chaque côté de l’entrée, et Bob cria :

— Rendez-vous, Tchou !… Vous n’avez aucune chance, et vous le savez…

La voix du Requin Chinois leur parvint, relativement proche.

— Venez donc me prendre, si vous l’osez, commandant Morane !

En même temps, des coups de feu claquèrent, faisant retentir les échos des souterrains, et des balles ricochèrent contre le roc.

— J’ai compté les coups qu’il a tirés depuis le début, dit Morane. Sept en tout. Or, d’après ce que j’ai pu en juger, son arme était un auto-colt 45, dont le chargeur contient tout juste sept balles… Je crois que je puis aller le cueillir…

— Et s’il a des chargeurs de rechange ? demanda Fraine.

— C’est une chance à courir.

— Peut-être, commandant Morane, mais j’estime que ce risque est bien grand. Personnellement, je connais un meilleur moyen.

Le chef des commandos fouilla dans un des petits sacs suspendus à son harnachement de poitrine, et il en tira un objet ovoïde, que Bob reconnut aussitôt.

— Non, pas de grenade, dit-il. Nous devons le prendre vivant.

— Ne craignez rien, assura Fraine. C’est une simple grenade offensive. Elle lui fera plus de peur que de mal.

Rapidement, l’officier dégoupilla le projectile et le lança, aussi loin qu’il put, à l’intérieur du couloir.

Quelques secondes s’écoulèrent, puis une sourde déflagration ébranla les profondeurs de la galerie, d’où sortit bientôt un épais nuage de poussière. Il y eut un long silence. Ensuite, la voix du Requin Chinois se fit entendre, suppliante.

— Arrêtez !… Je me rends… Je me rends…

— Pour commencer, jetez votre arme, ordonna Morane.

Un automatique jaillit de l’ouverture et roula à proximité du lieutenant Fraine, qui s’en empara pour dire, après avoir extrait le chargeur :

— Il était bien vide.

— Sortez Tchou, cria encore Bob, et les mains en l’air. Si vous êtes docile, il ne vous arrivera pas le moindre mal.

Il y eut un bruit de pas, et l’Eurasien fit son apparition, les mains levées au-dessus de la tête. Ses vêtements déchirés et son visage sali par l’explosion de la grenade, il faisait vraiment piteuse mine.

— Voilà un Requin Chinois qui me semble bien penaud, n’est-ce pas lieutenant ? fit Morane avec un ricanement.

Fraine approuva :

— Il forcerait un vrai requin à s’étouffer de rire, et il est bien connu que ces animaux-là n’ont pas le sens de l’humour.

Le canon de la mitraillette de Morane était braqué sur Dimitri Tchou.

— Surtout, marchez droit, monsieur le Requin Chinois, recommanda Bob. Nous allons vous offrir une jolie paire de bracelets d’acier.

Bill Ballantine, le professeur Clairembart, Briggs et ses hommes, qui s’étaient écartés pour ne pas risquer d’être atteints par une balle perdue, entouraient maintenant le prisonnier, qui fut vite réduit à l’impuissance.

Le danger passé, Dimitri Tchou avait à présent retrouvé un peu de sa confiance en lui-même. Tandis que les commandos l’entraînaient, il se tourna vers Bob, pour jeter d’une voix haineuse :

— Nous nous retrouverons, soyez sans crainte, commandant Morane.

— Bien sûr, monsieur Tchou, répondit le Français, nous nous retrouverons quand vous sortirez de prison, si vous en sortez jamais, et j’espère qu’alors vous serez dans une tenue plus décente, pour que nous puissions parler entre gentlemen.

 

L'Oiseau de Feu
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